Association à but humanitaire/développement en Afrique
Nous sommes arrivés à Cishugi le 18 juin.
Le 19 nous avons commencé le terrassement sur le site qui se trouve sur un lieu appelé Kanyegero, qui veut dire endroit isolé ; prédestiné !
Au début il y avait assez de monde, mais une équipe de 14 bénévoles est restée fidèle, car il est évident que les autres attendaient une rémunération rapide.
Ça ne veut pas dire que les 14 acceptaient de travailler gratuitement, mais ils misaient sur le long terme, ce qui était plus judicieux.
Il faut reconnaitre que les organismes humanitaires y sont pour beaucoup dans cet état d’esprit. En effet, ils ont pris l’habitude de distribuer des perdiems pour tout atelier, formation, réunion…donc un blanc qui débarque dans ce village ne pouvait être que synonyme de masse d’argent qui va couler à flot. Au cours des réunions avec la notabilité et certains villageois, j’avais pourtant bien précisé que PUVM était une association familiale, que ma famille avait participé au montant de 3500$ avec lequel je suis arrivé pour m’aider à monter ce projet et que je n’étais pas là pour distribuer ce montant.
Nous avons insisté sur l’aspect communautaire de ce projet, fait par les villageois, géré par les villageois, peine perdue ! Il y a un blanc, donc il va sortir l’argent ; amère désillusion. Ils ont vu un blanc qui porte la houe pour aller sur le site, qui travaille avec les villageois, qui ne mange pas aux heures des repas, qui ne boit pas même quand il travaille sous le soleil pendant des heures, qui ne s’arrête pas pour se reposer… donc ça a fait fuir la grosse majorité et 14 sont restés. Alors l’organisation reposera sur eux.
Même si en tant que « muzungu » (blanc), ils avaient tendance à me considérer comme le patron, je leur ai expliqué que je n’étais que l’initiateur du projet avec Alexandre et pas le directeur des travaux. Ils devaient s’organiser pour s’assumer seuls. Mais j’ai participé à tous les travaux pour montrer l’exemple ; si je le fais, vous pouvez le faire.
Le weekend nous avons eu la visite du Mwami de Kabare. Il nous a posé des questions sur la façon de procéder le montage du dôme.
visite Mwami
J’ai voulu montré aussi que cette zone avait un problème de communication, même avec un modem, nous ne pouvions être reliés facilement à l’extérieur, que c’était un handicap pour contacter les touristes. Il a émis l’idée d’utiliser une carte Sim du Rwanda qui se trouvait juste en face, derrière l’ile d’Ibinja. A voir plus tard.
essai modem
Les jours suivants, l’équipe a pris son rythme et le dôme s’est monté petit à petit.
Les tâches ont été reparties. Ceux qui produisent la terre, l’humidifient, la mettent en sacs ; ceux qui cousent les sacs ; ceux qui les posent pour monter les murs du dôme.
Les deux à qui j’ai montré comment procéder pour prendre les bonnes mesures avant de poser les sacs se sont vus attribuer le titre « d’ingénieur » par les autres, normal ils devenaient des spécialistes.
Au début le montage prenait du temps, surtout au niveau de la couture ; se procurer des rouleaux plutôt que des sacs aurait simplifié la tâche, mais il faut les importer, ça complique la chose.
Une fois le rythme trouvé, les sacs ont défilé.
La position du site est idéale car bien en vue des bateaux qui croisent sur le lac entre Bukavu et Goma. Au fil des jours nous avons vu les passagers se grouper du même côté du bateau en regardant dans notre direction.
J’ai dit à l’équipe que c’était notre agent publicitaire gratuit. Bientôt tout Bukavu et Goma sauront que quelque chose se monte à Cishugi. Quelque chose d’étrange, de jamais vu dans la Chefferie de Kabare, ni même dans le Sud Kivu ; il parait que c’est le 1er en RDC, d’où l’intérêt des voyageurs et celui de l’équipe de montage.
Arrivés au niveau du linteau, il a fallu mettre un madrier pour supporter ce qui serait au-dessus de la porte.
Arrivé à mi-hauteur, tout le monde se demandait quel genre d’armature allait être placé pour mettre la toiture et quel genre de toiture ça sera ? Lorsque je disais que ça sera des sacs et rien que des sacs jusqu’en haut, personne ne le croyait, même ceux de l’équipe de montage.
Impossible que cela tienne. Une fois terminé, exclamation générale, tout le monde visite ce que Dieu a permis de faire, j’ai rajouté : un peu aidé par la physique.
Finalement le dôme a pris forme et il a été terminé en 20 jours.
Il fait 4,40m de diamètre, 4, 40m de hauteur, il a fallu 711 sacs.
Sans échafaudage, c’était galère que d’acheminer les sacs jusqu’au sommet, mais toute l’équipe était fière d’avoir réussi ce qu’ils considèrent comme un exploit. Les ingénieurs ont demandé si c’était possible de mettre leurs noms sur internet aussi (au cas où il y aurait un contrat extérieur !). J’ai dit que les photos ça suffira.
dôme fini
toit vu de l'intérieur